20
sept.

L'affiche du film.

Je suis allé voir LUCY, c’est effectivement très bête. Voilà l’intrigue : grâce à une sorte de pilule/potion magique, un film peut se passer de scénaristes (oups, désolé pour le spoiler).

Scarlett Johanson joue le rôle de Lucy, une Américaine vivant à Taiwan[1] qui se retrouve forcée de passer un sachet de drogue « in corpore[2] » vers les États-Unis. Évidemment le sac casse, et cette dose massive de drogue mystère lui permet de faire de la magie.

Le film se fonde sur la théorie que les gens n’utilisent que 10 % de leur cerveau, une idée réfutée à maintes reprises, qui est souvent utilisée par bon nombre de charlatans ainsi que la secte de scientologie.

Dans une interview, Luc Besson disait qu’il savait que cette idée était complètement fausse, mais que c’était un bon concept pour un film de science-fiction. C’est vrai, mais j’ai un peu de mal à séparer l’idée des « 10 % de cerveau » de son bagage de pseudoscience sectaire, pour pouvoir me plonger dans l’histoire.

— « est-ce que ça a été prouvé ? »
— « scientifiquement ? Non. »
Ba oui prouvé scientifiquement, pas par le conseil des sorciers de Poudlard.
le professeur Samuel Norman, image tirée du film LUCY, ©Europacorp 2014

Tout le film est du même acabit : un mélange de théories scientifiques de comptoir agrémenté de trucs qui n’ont ni queue ni tête. Le professeur joué par Morgan Freeman explique par exemple que les dauphins utilisent mieux leur cerveau que nous, puisqu’ils peuvent utiliser les sons pour se repérer dans l’espace.

Je ne suis pas spécialiste des dauphins, et je sais qu’on ne sait pas encore tout du mode de fonctionnement de leur « sonar naturel », mais ils ont des neurones dédiés à l’analyse des échos, ainsi qu’un crâne « optimisé » pour l’écholocalisation (cf. la page Wikipédia sur le « melon »).

Regardez, les béliers doivent utiliser + de 9000 % de leur cerveau ;
ils peuvent se cogner dessus avec force sans se faire mal !
[gravure hollandaise de 1610]
2 béliers se battent, gravure Hollandaise de 1610, domaine public

Et là, je vous entends penser[3] : « Mais est-ce que ce n’est pas la même chose dans “limitless”, où le héros trouve une pilule qui le rend + intelligent ?». Pas tout à fait. Si le personnage joué par Bradley Cooper « libère son potentiel », ça reste raisonnable (façon de parler !) : il est toujours lui-même, victime de manipulations et d’angoisses. Lucy, en revanche, peut déplacer des objets par la pensée deux minutes après son overdose. Le film tombe dans les mêmes travers qu’Insaisissables : tout est possible donc rien n’a de sens, oh regardez les jolies images colorées qui bougent.

D’un point de vue scénaristique, c’est pauvre. Ça me fait penser à des enfants dans une cour de récré : « Et là, on dirait que je peux voler ! », « et on dirait que je peux lire les pensées, arrêter les balles, et faire flotter les gens, et parler dans toutes les langues, et contrôler les télés à 9 845 km de là ».

Un héros qui est pratiquement invincible et infaillible, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Dans “l’apprenti mangaka” par exemple, Akira Toriyama donne comme conseil aux jeunes scénaristes de ne pas faire de héros invincibles, et ajoute Tss, Tss, Tss Encore une idée d’amateur, ça ! Tout personnage de manga doit obligatoirement avoir son point faible”.

“L’Apprenti Mangaka”, édité en France par Glénat
Image tirée du manga "L'Apprenti Mangaka" (édité en France par Glénat)

Cerise sur le navet, le film a des moments de fausse morale à 2 €, du genre “les humains sont très méchants, ils ne pensent qu’à acheter des trucs ils ne sont pas prêts pour la vérité que j’ai découverte”. C’est d'ailleurs un peu l’hôpital qui se fout de la charité ; Lucy n’hésite pas à tuer & blesser les innocents qui sont en travers de son chemin, ou qui lui font perdre du temps (mais ça, c’est plutôt au début de sa métamorphose… donc si ça se trouve on est un salaud de 11 à 89 % de cerveau rempli, mais à 90 % on devient sage et juste ?).

En bref, vous pouvez ignorer ce film, allez plutôt voir Nos étoiles contraires (The Fault in Our Stars), au cinéma en ce moment. Pour voir Scarlett Johanson, essayez Under the Skin, c’est très dur mais intéressant, et si c’est Luc Besson qui vous intéresse, allez voir ses bons films, comme Léon, le 5e élément, Malavita

Pour toutes ces raisons, j’attribue à Lucy la note de :

0,5 cachet de “NZT-48” sur 5
Cachets de NZT-48 a placeholder a placeholder a placeholder a placeholder

Notes

[1] Je veux dire “Taïpei chinois” bien sûr.

[2] Dans son ventre, pas ailleurs, bande de gros dégueulasses.

[3] Car moi aussi je suis télépathe, tiens.

Manu


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